LA PIERRE
3e édition
...L'ÉCHO DES PIERRES...
Cette exposition plasticienne trouve ses racines dans la matière légendaire arthurienne et plus spécifiquement dans la quête du Graal, telle qu’elle se déploie dans les romans de Chrétien de Troyes, notamment Perceval ou le Conte du Graal (vers 1180), et dans les continuations médiévales qui ont enrichi ce cycle fondateur de notre imaginaire occidental.
Arthur règne sur un royaume où la pierre détient une puissance mystique. L’épée Excalibur, fichée dans l’enclume de pierre, révèle la légitimité royale. Seul celui qui parvient à l’extraire peut prétendre au trône. Mais l’univers arthurien recèle d’autres pierres sacrées : la Table Ronde elle-même, sculptée dans un bloc de marbre mystérieux, les menhirs et dolmens qui parsèment les paysages celtiques, les châteaux de grès qui abritent les épreuves chevaleresques. Perceval, jeune chevalier naïf, découvre lors de sa quête du Graal un château où trône une pierre philosophale, gardienne des secrets alchimiques. Gauvain affronte le chevalier de la Pierre Noire, gardien d’un pont de basalte. Lancelot traverse la forêt pétrifiée où les arbres changés en pierre témoignent d’un ancien sortilège. Chaque pierre rencontrée devient épreuve initiatique et révèle la nature profonde du héros et sa capacité à transcender la matière brute pour atteindre l’illumination spirituelle. La quête arthurienne transforme ainsi la géologie en métaphysique, faisant de chaque rocher un possible seuil vers l’au-delà.
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Au coeur de ces récits se trouve la pierre, matériau primordial et symbolique, motif récurrent dans les mythologies celtiques et chrétiennes qui évoque les mégalithes sacrés, les autels druidiques et les cathédrales romanes et gothiques qui peuplent notre héritage culturel. Mais elle est aussi matériau contemporain et actuel, dont l’usage se perpétue à différentes échelles. La quête de ces pierres n’est pas qu’une simple recherche matérielle ; elle devient parcours alchimique et reflète la croyance universelle en la pierre comme agent de transformation et de révélation. Le chemin vers ces lieux telluriques est jalonné d’épreuves, gardé par des créatures fantastiques et nous renvoie à ces légendes où la matière minérale recèle les secrets de la création.
Ces légendes sont à entendre ici comme une entrée, un indice qui viendrait déployer notre imaginaire autour de la pierre, de sa géopoétique et de ses usages plastiques. C’est à partir de ce corpus arthurien que nous avons déroulé et tissé les propositions plasticiennes faites pour cette exposition, en relation étroite avec cet élément lithique. Ainsi, les légendes arthuriennes ne se contentent pas de divertir ; elles perpétuent et réinventent des croyances millénaires sur la nature sacrée de la pierre et ses usages. Elles nous rappellent la place centrale qu’elle occupe dans notre rapport au territoire et notre imaginaire collectif, à la fois matériau utilitaire tangible et vecteur de mémoire géologique.
Les artistes ont alors — par leur regard propre à chacun.e — pensé et représenté cet élément à travers leurs pratiques artistiques respectives et leurs matériaux de prédilection. L’exposition « … L’écho des pierres… » vous invite à pénétrer dans les strates de cet élément fondamental et d’y découvrir les diverses possibilités d’usages et de contemplation grâce à la création plasticienne.
Arnaud Barde, Johanna De azevedo,
Valéry Jamin, Elina Moreno.
Crédits photos : Elina Moreno, Arnaud Barde et Johanna De azevedo